Mon regard sur l’alimentation, Mon histoire


Ma relation avec mon corps et la nourriture a été tumultueuse pendant des années, que j’ai récemment prise conscience. Aujourd’hui, je ressens le désir profond de me libérer de cette « souffrance » qui m’a tourmenté pendant si longtemps.

Le déclenchement

Le déclencheur de cette relation compliquée remonte à mon adolescence, lorsque certaines personnes de ma famille utilisaient des phrases humiliantes telles que « tu es grosse » ou « bouboule » pour me décrire, parmi d’autres commentaires blessants. Certains le faisaient sous forme de plaisanterie, tandis que d’autres étaient plus cruels. À force d’entendre ces remarques régulièrement, j’ai fini par les intégrer. Pourquoi ? Les paroles de ma famille proche et les critères de beauté des magazines ne concordaient pas du tout avec mon apparence, me perturbant. J’ai donc entrepris de changer pour ressembler à ces standards de beauté et de prouver avec fierté que je n’étais plus « grosse » aux yeux de ceux qui me rabaissaient.

Des régimes à n’en plus finir

Cela m’a conduit à essayer une multitude de régimes pour atteindre cet objectif. Il est important de noter que je n’étais pas en surpoids, je suis même plutôt mince. Cependant, le mot « graisse » avait un pouvoir sur moi, et j’ai développé des complexes. Mon ventre en particulier était source de préoccupation, et je le voyais comme étant gras, flasque et enflé. J’ai donc décidé de suivre des régimes stricts, mais je n’ai vu aucun résultat, ce qui m’a rendue frustrée. J’ai multiplié les régimes et intensifié mes séances d’entraînement, espérant trouver ainsi un équilibre.

J’ai fini par me priver de nombreux aliments et me refusais tout plaisir, y compris les sucreries. J’ai progressivement perdu le fil de la relation entre le sport et l’alimentation, investissant dans des brûleurs de graisse et des protéines en poudre. Obnubilée par cet objectif, j’ai opté pour le « bio » et le végétarisme, tout en réduisant protéines animales et glucides.

La peur du manque…

Une autre facette de mon trouble alimentaire est apparue après une rupture amoureuse. À ce moment-là, je mangeais très peu, mais lorsque je faisais face à des crises, je me mettais à manger en excès, pour quatre personnes parfois. Vivant seule après cette rupture, ma situation financière a changé, et je me restreignais à acheter très peu de nourriture pour pouvoir payer mes factures. Cependant, mon frigo presque vide de nourriture me terrifiait. J’étais constamment anxieuse à l’idée de ne pas pouvoir me nourrir suffisamment, d’avoir faim en permanence et de ne pas répondre à mes besoins vitaux.

Lors de ces crises, je pouvais grignoter tout ce qui était sucré et rapidement consommable, et je le faisais pour assouvir un besoin incontrôlable, même si je n’avais pas faim. J’avais l’impression de ne plus être moi-même, mon cerveau était déconnecté, et je me sentais impuissante face à cette nécessité de consommer de la nourriture. En plus de cela, je détestais le gaspillage, comme la plupart d’entre nous, et je m’obligeais donc à finir mon assiette. Nous sommes éduqués dès notre plus jeune âge à ne pas gaspiller de nourriture, mais cette habitude peut être néfaste. Si vous n’avez plus faim, arrêtez de manger, mettez les restes au réfrigérateur et consommez-les au prochain repas.

Le diagnostic

Mon problème avait entraîné une perte totale de la notion de faim et de satiété. En mai 2021, j’en ai discuté avec une amie qui envisageait de se faire opérer de l’estomac. Je lui ai expliqué que j’avais pris 30 kilos en quelques années (depuis le covid exactement), que je me sentais essoufflée en montant les escaliers, alors que je pratiquais davantage de sport depuis le début de la pandémie en mars 2020.


Elle m’a dit que le centre de prise en charge de l’obésité proposait des bilans de santé sans chirurgie. En juillet 2021, j’ai saisi l’occasion de rencontrer cinq professionnels spécialisés (infirmière, nutritionniste, diététicienne, psychologue, médecin du sport) lors d’une demi-journée de bilan. C’est à ce moment-là que j’ai été diagnostiquée avec un trouble du comportement alimentaire de restriction cognitive. Depuis lors, je vais régulièrement au centre pour surveiller ma perte de poids et l’évolution de ma guérison.

La restriction cognitive

La restriction cognitive est caractérisée par l’intention de contrôler son alimentation en vue de contrôler son poids, sa composition corporelle et/ou sa silhouette. Il s’agit principalement d’un ensemble de pensées et d’objectifs, plutôt que de comportements alimentaires spécifiques. Nos intentions peuvent influencer nos comportements, mais la restriction cognitive concerne nos pensées, croyances et intentions alimentaires.

Sur la bonne voie

Je suis désormais sur la voie de la guérison. Je réapprends progressivement à m’alimenter de manière intuitive, en écoutant les signaux de mon corps et mes sensations de faim. Je travaille également sur la gestion du stress et mon bien-être général. Plus important encore, je ne me restreins plus à aucun aliment.

Cependant, je fais encore face à des personnes bien intentionnées, mais parfois intrusives, qui commentent mes choix alimentaires. Ils pensent que je devrais privilégier les légumes aux frites et choisir une salade de fruits plutôt qu’un gâteau au chocolat. Je dois résister à ces remarques et ne pas me laisser entraîner dans le cercle vicieux de mes troubles alimentaires.

Je constate que mes envies alimentaires se régulent naturellement. Je consomme moins de graisses et de sucre simplement parce que je n’en ressens plus le besoin. Mon alimentation varie : il y a des périodes où je mange une fois par jour, et d’autres où je prends trois repas par jour. Je suis encore en phase de transition, cherchant progressivement un équilibre de vie.

Le mot de la fin…

Deux années se sont écoulées depuis le début de ce voyage d’auto-découverte. En un an, sans faire de sport, j’ai perdu 10 kilos sur la balance et retrouvé légèreté, confiance et paix intérieure. J’ai renoué avec le sport sans qu’il ne devienne une obligation. Je ne me blâme plus et j’accepte mon corps avec ses forces et ses faiblesses. J’ai pris conscience de la souffrance que je me suis infligée, tant sur le plan physique que psychologique. Je veux que vous sachiez que vous n’êtes pas seul(e). Il y a des personnes autour de vous qui vous aiment et qui seront là pour vous soutenir. N’ayez plus peur, n’ayez plus honte. Alors, foncez ! Ne laissez pas les troubles du comportement alimentaire gâcher votre vie, parlez-en. Apprendre à s’aimer et à s’accepter, voilà la première clé pour avancer sereinement.

Si vous avez vécu une expérience similaire, je serais enchantée d’échanger avec vous.